jeudi 2 juillet 2009

Ps. 23 chapitre 7

Quand je marche dans la vallée …


Ce septième verset marque le milieu du psaume et un changement de paradigme. On passe de la 3ième personne à un dialogue « je-tu » entre la brebis et le berger. Un peu comme une brebis qui après avoir vantée amoureusement son Bon Berger auprès d’une « voisine » infortunée, cheminerait seule avec son Berger et aurait donc avec Lui une conversation intimiste. On peut penser qu’après avoir hivernée à la bergerie, une brebis s’apprêterait à la grande migration vers les pâturages d’été qui sont souvent en terrains montagneux.

On se souviendra que lorsque le prophète Samuel est venu pour chercher celui qui devait devenir le roi-messie d’Israël, on alla quérir le jeune David dans les pâturages éloignés (on pense donc qu’il était en montagne dans les pâturages d’été). Il n’est donc pas étonnant qu’il évoque avec justesse tout les hasards et les dangers de ces migrations vers les hauteurs dans cette seconde partie de notre psaume. On sens bien sa prévoyance, sa compétence et son calme dans : « Je ne crains rien, car tu es avec moi… ». On y lit comme en filigrane le légendaire « Emmanuel (Dieu avec nous) » dans le quotidien de nos vies chrétiennes.

Tous nous rêvons des hauteurs célestes à l’abri des basses du monde. Nous sommes en quête constante de la solitude avec Dieu pour seul compagnon. Nous nous faisons une fausse idée du « comment y parvenir », comme si une magie quelconque nous transportait directement de la plaine au haut de la montagne sans passé par la longue marche dans les vallées. Nous occultons la vérité qui veut que les meilleures routes vers les hauts pâturages passent TOUJOURS par les vallées. Regarder le verbe de ce verset. On ne meurt pas dans cette vallée, on y marche.

On cite souvent notre phrase comme consolation envers ceux qui, justement, travers cette sombre vallée de la mort. On y trouve une lumineuse espérance qui nous enseigne que cette vallée n’est pas un cul-de-sac, mais qu’une étape vers les délices divins vers lesquels nous parviendrons sous la houlette du Bon Berger. Il le sait puisqu’Il nous a Lui-même dit : « Je suis avec vous tous les jours … ». Je sentis très fortement la vérité de cette consolation lorsque mon épouse partie « vers les hauts pâturages ». Aucune craintes; seulement une marche vers des terres plus élevées. Pour nous qui continuons à cheminer dans ces vallées, il nous faut apprendre qu’en marchant AVEC DIEU elles ne sont plus vraiment sombres que simplement ombragées. Pour cela il nous suffit d’acquérir le réflexe de la FOI en sa bienveillance envers nous et aussi celui de la CONFIANCE en sa garde proche et permanente à nos côtés. « O Dieu, ceci me paraît tellement dur, mais je sais que finalement ce chemin sera le meilleur pour me conduire plus haut. »

Une seconde raison qui font de ces routes les meilleurs, c’est qu’elles sont largement pourvues en eau (lacs, rivières, cascades, etc.). L’eau est vitale dans ces grandes migrations au chaud soleil d’été. Je me remémore avec émotion qu’une fois un immense troupeau de 10, 000 têtes passa chez moi et que les bergers me demandèrent la permission d’abreuver leurs brebis. Elles ont littéralement coururent vers berges de la rivière. Comme chrétiens nous découvrons tous un jour où l’autre que l’eau vive qui nous rafraîchit dans nos vies, nous est donnée par nul autre que Dieu Lui-même. Seul ceux qui marchent avec Lui dans nos épreuves peuvent vraiment constater comment nous trouvons la fraîcheur à Son contact constant et intime. Lui seul peut véritablement apaiser notre soif de paix, et ce si profondément qu’on est transformé de façon durable et forte. La sérénité que nous procure Son Esprit Saint est ineffable dans les inévitable embûches notre marche ici-bas.

Un « bénéfice » inespéré pour tous et chacun, c’est que ceux qui ont été durement éprouvés et qui ont parfois pliés le genou sont en mesure de réconforter, encourager et consoler ceux qui traversent des situations semblables aux leurs. Souvent nous prions Dieu de faire de nous des frères et sœurs compatissants envers nos prochains. « En fait, comme l’eau ne peut couler que par un fossé, un canal ou une vallée, de même, pour le chrétien, la vie de Dieu ne peut couler en bénédiction que par les vallées qu’auront creusées dans nos vies de douloureuses expériences. »[1]

La troisième raison qui peut pousser un berger à suivre cette route risquée vers les hauteurs est que les herbages abondent et sont de qualité supérieure le long de ces chemins. Les brebis ne progressent que lentement et ont besoin de bien se sustenter chemin faisant (elle doivent aussi le faire régulièrement). Bien souvent ces terrains fertiles sont dans des ravins qui sont propice aux attaques des prédateurs. Il peut y sévir également des fléaux soudains et foudroyants, telle les tempêtes, les glissements de terrain et autre calamité du même genre. Malgré tout, ces voies restent de loin les meilleurs pour mener à bon port nos précieuses brebis.

Un des plus grand réconfort que l’on puisse se donner est de découvrir les ressources et la sollicitude infini de notre Bon Berger en regardant nos expériences passées. On y découvre combien Il est grand, prévenant et puissant en œuvres pour notre bonheur et notre épanouissement. Ces regard en arrière est sans contre dit l’un des stimulant les plus efficaces pour renforcir notre Foi qui vacille de temps à autre. Il est littéralement et dans le sens fort du terme : « L’AVEC NOUS » à un point tel qu’Il est mort sur la Croix pour nous et même à notre place. Des vallées ont en aura toujours a en traverser tout au long de notre vie. Notre Bon Berger nous l’a dit : « Vous aurez des tribulations dans le monde, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). La question n’est pas de savoir s’il y a beaucoup de vallées qui m’attendent, ni de savoir si elles sont profondes; mais plutôt de savoir si je les traverse seul ces lieux obscures, ou bien si je me marche AVEC mon Bon Berger et qu’ainsi ces lieux ne se révèleront qu’ombragés. Cette certitude a pour vertu de me mener en tout sécurité vers les hauts pâturages et de non seulement m’assurer ainsi la bénédiction divine, mais également de faire de moi un instrument de Sa bénédiction envers mes frères et sœurs qui souffrent.


[1] Ici j’ai préféré citer textuellement notre auteur. Page 84 de notre livre.

lundi 22 juin 2009

Ps. 23 chap. 6

Chapitre 6
Il me conduit dans les sentiers de la Justice,
à cause de Son Nom


Les brebis sont des animaux d’habitude au point où elles creusent de profond par leur inlassable allées et venues dans les mêmes sentiers, ou bien par leurs perpétuels broutages au même endroit. Elles peuvent faire d’un paradis d’herbes grasses un véritable désert si le berger n’est pas vigilant sur l’état du troupeau et du terrain. En effet elles ont tendances si elles sont laissées à elles-mêmes de toujours manger et à se « soulager » aux mêmes endroits. Ce qui appauvris le sol (elles broutent jusqu’ à la racine) et le pollues grandement.

Un préjugé aussi tenace que faux est que les moutons peuvent brouter n’importe quoi, n’importe où. Il n’y a rien de plus faux. Les brebis sont aussi capricieuses et délicates que têtues et grégaires. On reconnaît donc un bon berger à sa capacité de faire des plans de pâturages de façon systématique et prévoyante. Pour ma part ce fut ce qui prit le plus clair de mon temps pendant mes années pastorales. Des animaux bien repus et gras ainsi que des pâturages bien vert et généreux sont des signes qui ne trompent pas. Cela va donc de soit qu’un berger intentionné scrutera avec attention et de façon constante, l’état des animaux, du troupeau en général e la qualité du terrain. La seule technique vraiment efficace est de déplacer constamment le troupeau d’un pâturage à l’autre. Ça suppose donc une connaissance des environs plus ou moins lointains, des habitude du troupeau et de la « capacité de récupération » des pâturages usés. Ceci vaut aussi pour les bergers nomades ou semi-nomades. Avant de voir les parallèles (comme c’est maintenant la coutume entre nous) avec nos ovidés et nous, il convient de mentionner que les brebis deviennent comme ivres de joie et de bonheur quand elle découvre les nouveaux pâturages misent à leurs dispositions.

Tournons-nous maintenant vers nous mes petits agneaux. Il est navrant et même gênant parfois de constater le parfait parallèle entre elles et nous. Ce n’est pas par hasard que Dieu nous compare à nos sœurs ruminantes. Nous sommes plus souvent qu’autrement orgueilleux et centré sur nous-même. Nous sommes présomptueux et notre soif d’autonomie n’a d’égal que notre fort tempérament grégaire. Nous avons tendance à toujours vouloir suivre NOTRE VOIE PERSONNELLE et ce parfois même au risque de notre ruine ou de détours aussi pénibles qu’inutiles (Isaïe 53, 6; Proverbes 14, 12 et 16, 25). Et ce même si nous connaissons ces douces paroles du Bon Berger : « Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14, 16) et « Je suis venu afin qu’elles aient la vie et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10, 10). Notre orgueil est tel qu’on n’accepte que difficilement d’être à la suite du Bon Berger et d’en être dépendant pour ce qui est de notre bonheur.

Jésus n’est pas à critiquer puisqu’il nous a toujours dit les choses comme elles se présentent (Marc 8, 34). On pourrait résumé ce qu’il nous demande et attends de notre part en sept points.

1-)Au lieu de m’aimer moi-même, je veux aimer Christ de tout mon cœur et les autres plus que moi-même (attention il n’est pas question de la légitime estime de soi).

2-)Au lieu d’être perdu dans la foule, je veux m’en séparer, sortir de la masse. Ici prenez le temps de bien mesurer combien nous sommes grégaire au point de nous conformer aux consensus sociaux au détriment, parfois, de nos propres opinions.

3-)Au lieu de revendiquer mes droits, je veux y renoncer en faveur des autres. Comparons simplement notre degré d’indignation entre ces 2 tendances!

4-)Au lieu d’être « le chef », je désir être en bas de l’échelle. En terminologie de troupeau, au lieu d’être « meneur », je veux être en « queue ». L’évidence est telle que je n’ajoute rien à cette affirmation de notre auteur.

5-)Au lieu d’incriminer la vie et de toujours demander « pourquoi ?» je veux accepter chaque événement dans une attitude de gratitude. Idem au point 4.

6-)Au lieu d’exercer et d’affirmer ma volonté, j’apprends à coopérer aux désirs de Dieu et à me complaire en sa volonté. La grande majorité d’entre nous connaissons suffisamment Jésus et son enseignement pour se remettre en question sans pouvoir se cacher derrière la « sainte ignorance ».

7-)Au lieu de choisir ma propre voie, je veux suivre le chemin du Christ, c’est-à-dire faire ce qu’Il me demande de faire. Soyons franc envers soi-même, combien de fois nous arrive-t-il de faire taire la petite voie de notre conscience pour faire à notre idée et ainsi faire double jeu.


Nous pouvons nous consoler encore une fois par ces propres paroles : « Il le rendra possible (l’accomplissement de Sa volonté) par Son Saint-Esprit donné à ceux qui obéissent » (Actes des apôtres 5, 32). Car c’est Lui « qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Philipiens 2, 13).

vendredi 5 juin 2009

POURQUOI ?


Ce n’est pas le marin qui a les meilleurs yeux.
Des navires sans nombres se frappent aux écueils
Qui a les meilleurs yeux? Un enfant? Une femme?
C’est peut-être un malade chez les tuberculeux
qui va mourir bientôt, qui donnerait sa vue
aux marins de la mer, en échange de rien;
et qui serait content de se priver de voir;
afin que les navires ne frappent plus l’écueil.
Mais cela est un rêve. On ne peut pas changer
des yeux pour d’autres yeux. Cela est impossible.

Est-ce bien l’ouvrier qui a les meilleurs bras?
Pour charroyer la pierre, déplacer les fardeaux?
Qui a les meilleurs bras? Serait-ce un cul-de-jatte?
Car les faiseurs de ponts, les perceurs de montagnes
n’ont pas toujours le corps fait pour tirer des poids;
souvent ils sont petits, malades et chétifs;
moi, je connais des prêtres, gêner, embarrassés
d’être bâtis en lions, qui donneraient leurs
aux ouvriers des ponts, aux ouvriers des routes;
puisqu’ils vivent d’esprit, ils s’en passeraient bien.
Mais cela est un rêve. L’échange est impossible.

Pour écrire des livres, l’ouïe n’est pas nécessaire;
l’écrivain sans silence n’est pas un écrivain.
Les poètes sincères, pour ne jamais entendre
que le bruit de leurs âmes, donneraient bien aux sourds
leurs deux oreilles et tout; et les sourds sortiraient,
Travailleraient dehors, seraient heureux d’entendre.
Mais cela est un rêve. Les écrivains entendent
et souvent ça leur nuit. Ils en sont malheureux.

Pourquoi les beaux cheveux vont-ils aux religieuses?
Et les plus belles voix aux guides des montagnes?
Et les tailles de reines à des filles du peuple?
Et les doigts de pianistes à d’obscurs fonctionnaires?
Des grandes amitiés à d’affreux criminels?
Et des âmes d’artistes à des tailleurs de pierre?
Et tous ces cœurs de saintes à d’ignorantes femmes?

Après la création des hommes et de la mer,
du feu et des étoiles, Dieu, sachant l’avenir,
a détourné la tête. Il a pris la Beauté
et s’est fermé les yeux. Il l’a jetée en l’air,
au hasard dans le temps, comme du sable au vent.
Voilà pourquoi peut-être, les riches sont si pauvres,
et les pauvres si riches. Ce qu’Il fait est bien fait.
Félix Leclerc

lundi 25 mai 2009

Ode 34 de Salomon

Voici une ode magnifique que j'ai trouvé sur la véritable nature de la pureté du coeur. En le lisant je ne puis m'empêcher de penser à Évelyne Mélin qui est sans aucun doute la personne au coeur le plus pur qui m'a été donné de rencontrer dans ma vie.
LE COEUR SIMPLE !
La route n'est pas malaisée, où le coeur est simple,
pas d'obstacle pour les pensées droites,
ni d'ouragan dans le creux d'une âme pure.
Où la beauté vous cerne de toutes parts,
il n'est point de discordance.
Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut,
tout est en haut, il n'y a rien en bas,
le contraire est une illusion de ceux en qui ne réside pas la science.
La grâce a été révélée pour votre salut.
Croyez, vivez, et soyez sauvés !
ALLÉLUIA !

samedi 2 mai 2009

histoire d'un pot de mayonnaise et de café.

Quand il te semble qu'il y a « trop » de choses dans ta vie, quand 24
heures ne te semblent pas suffisantes... Rappelle-toi du pot de
mayonnaise et du café !

Il était une fois, un professeur de philosophie qui, devant sa classe,
prit un grand pot de mayonnaise vide et sans dire un mot, commença à
le remplir avec des balles de golf.

Ensuite, il demanda à ses élèves si le pot était plein. Les étudiants
étaient d'accord pour dire que OUI.

Puis le professeur prit une boîte pleine de billes et la versa dans le
pot de mayonnaise. Les billes comblèrent les espaces vides entre les
balles de golf. Le prof redemanda aux étudiants si le pot était plein.
Ils dirent à nouveau OUI.

Après, le professeur pris un sachet rempli de sable et le versa dans
le pot de mayonnaise. Bien sûr, le sable remplit tous les espaces
vides et le prof demanda à nouveau si le pot était plein. Les
étudiants répondirent unanimement OUI.

Tout de suite après le prof ajouta deux tasses de café dans le contenu
du pot de mayonnaise et effectivement le café combla les espaces entre
les grains de sable. Les étudiants se sont alors mis à rire...

Quand ils eurent fini, le prof dit :« Je veux que vous réalisiez que
le pot de mayonnaise représente la vie.

Les balles de golf sont les choses importantes comme la famille, les
enfants, la santé, tout ce qui passionne. Nos vies seraient quand même
pleines si on perdait tout le reste et qu'il ne nous restait qu'elles.

Les billes sont les autres choses qui comptent comme le travail, la
maison, la voiture, etc...

Le sable représente tout le reste, les petites choses de la vie.

Si on avait versé le sable en premier, il n'y aurait eu de place pour
rien d'autre, ni les billes ni les balles de golf. C'est la même chose
dans la vie. Si on dépense toute notre énergie et tout notre temps
pour les petites choses, nous n'aurons jamais de place pour les choses
vraiment importantes. Faites attention aux choses qui sont cruciales
pour votre bonheur. Jouer avec ses enfants, prendre le temps d'aller
chez le médecin, dîner avec son conjoint, faire du sport ou pratiquer
ses loisirs favoris. Il restera toujours du temps pour faire le ménage,

réparer le robinet de la cuisine...
Occupez-vous des balles de golf en premier, des choses qui importent vraiment.
Établissez des priorités, le reste n'est que du sable. »

Un des étudiants leva alors la main et demanda ce que représente le café.
Le professeur sourit et dit :« C'est bien que tu demandes.
C'était juste pour vous démontrer que même si vos vies peuvent paraître bien remplies,
il y aura toujours de la place pour une tasse de café avec un ami. »

vendredi 24 avril 2009

FRÈRE ALFUS !!!

Aujourd'hui je met une très belle histoire, celle de la légende du frère Alfus qui dormi 100 ans. Elle est merveilleusement mis en vers par notre grand poète national, j'ai nommé Émile Nelligan. Vous ne le savez peut-être pas, mais ces parents se sont mariés à Rimouski (ma ville natale). Que cette belle ode vous apporte l'illumination pascale !

Frère Alfus

I


Ce fut un homme chaste, humble, doux et savant
Que le vieux frère Alfus, le moine des légendes.
Il vivait à Olmutz dans un ancien couvent.

Il avait un renom de par beaucoup de landes,
Son esprit était plein d’un immense savoir
Car la Science lui fit ses insignes offrandes.

De tous bords l’on venait pour l’aimer et le voir ;
Son chef s’était blanchi sous des frimas d’idées
Mais son penser restait sur un point sans pouvoir.

Parmi les grandes paix des retraites sondées,
Dès l’aube, tout rêveur il venait là souvent
Quand les herbes chantaient sous les primes ondées.

Il écoutait la source et l’oiseau, puis le vent,
Et comme en désespoir de solver le mystère
Il retournait pensif toujours vers son couvent.

On le vit se voûter comme l’arbre au parterre.
Peu à peu dans son âme une tempête entra
Car le Doute y grondait comme un rauque cratère.

Du glaive de l’orgueil l’humble foi s’éventra
Et le vieux moine allait portant sur ses épaules
Les douleurs que l’enfer sans doute y concentra.

Parfois il se disait marchant sous les hauts saules,
L’index contre la tempe et le missel au bras,
Dieu peut-être est chimère ainsi que vains nos rôles.

À quoi nous servirait ainsi jusqu’au trépas
De cambrer nos désirs sous les cilices chastes
Et vivre en pleine mort pour un ciel qui n’est pas ?

Son coeur confabulait avec des voix néfastes,
Le ciel, l’arbre, l’oiseau, la terre était joyeux
Et le Moine était triste au fond de ces bois vastes.


II
LA VOIX DANS LA VISION

Or un jour qu’il allait doutant ainsi des cieux
Doutant de l’infini de leurs béatitudes
Un Paradis lointain s’entr’ouvrit à ses yeux.

Et le front tout ridé par les doctes études
Contempla tout à coup ébloui, frémissant,
Une lande angélique aux roses solitudes.

Par un soir féerique un Archange puissant,
Fils de Dieu descendu des célestes Sixtine,
Dans le rêve m’a peint son pays ravissant.

Et c’est un paysage aux lunes argentines
Tel qu’en rêva parfois le moine Angelico
Dans la nef d’où montaient les oraisons latines.

Avec ses fleurs d’ivoire où rôde un siroco
Tout cet Éden frémit d’étranges cantilènes
Qu’aux cent ciels répercute une chanson d’écho.

Et le silence embaume au soupir des haleines
Et la grande paix choit ainsi qu’un baiser bleu
Vers le mystère où dort un essaim de fontaines.

Et l’air est sillonné d’étrangetés de feu
Et des vapeurs du ciel tombent comme en spirales
Autour du moine Alfus qui s’endort peu à peu.

Sous les mousses en fleurs les sources vespérales gazouillent.
Frissonnant au frais de leur bocal
Roulent des scombres d’or sous les harpes astrales.

Et tout à coup éclate un timbre musical
Une voix d’oiseau bleu berçant la somnolence
De ce moine égaré du sentier monacal.

Elle bruit sonore au loin dans le silence
Comme un reproche pur longuement modulé
Au doute confondu de l’humaine insolence.

Puis voici qu’elle approche avec un son moulé,
Elle s’enfle plongeant sa voix dans son oreille
Où son hymne éternel tout un siècle a roulé !

Puis sa large harmonie à de la mer pareille
Baisse dans le gosier céleste de l’oiseau
Et lente, elle lui parle au sein de la merveille :

« Alfus, mon fils Alfus, sous ce divin arceau
Je t’ai laissé dormir aux chants de mes orchestres,
Chants doux, plus doux que ceux de ta mère au berceau.

« Couché dans le repos des ramures sylvestres
Tu sommeillas brisé, plein d’un orgueil transi,
Dans la sérénité de ces exils terrestres.

« Retourne sur la Terre, un moment revis-y
Ne fût-ce que pour mettre en désarroi le Doute.
Retourne enfin au monde, on ne meurt pas ici ! »

Puis Alfus s’éveillant voit sa Vision toute
Qui s’est close en chantant. Il est saisi d’effroi

Et le Soleil de l’Aube est là poudrant la route.


III
RETOUR AU MONASTÈRE

« Comme tout a changé.
Je trouve une paroiSur ce chemin qu’hier je parcourais encore.
Tout se meut, l’on dirait, sous une étrange loi.

« Ô mon Dieu ! Suis-je fou ? Qu’est-ce que cette Aurore ?
J’ai quitté ce matin même mon vieux couvent ;
Quelle évolution de monde que j’ignore ?

« Le bois n’est donc plus là. Mais ces femmes avant
Ne venaient pas puiser au grand puits solitaire.
Suis-je au chemin d’Olmutz ? dites là paysan ? »

Celui qui monologue a la figure austère ;
Des bons frères d’Olmutz il porte le manteau.
Que signifie alors ce nouveau monastère ?

Le jardinier perplexe un coude à son râteau
S’arrête. Ils se sont vus prunelles étonnées.
L’Angélus allemand chantait sur le coteau.

Alfus gravit le seuil fait de pierres fanées
Comprenant qu’un miracle alors s’est opéré
Car il avait dormi cependant cent années.

« Alfus... dit un vieux moine, au nom remémoré,
« Alfus... je me souviens, jadis étant novice,
D’avoir ouï causer de ce frère égaré.

« Ce fut un moine doux qui n’avait pour délice
Que la paix, la prière et l’ardeur d’un saint feu.
Une aube il se perdit en bois, pour bénéfice.

« Bien qu’on cherchât partout, qu’on remuât tout lieu,
Jamais put-on trouver son vestige en ces landes
Et le supposant mort on s’en tenait à Dieu ! »

Alors le Saint levant les bras comme aux offrandes
Mourut, lavé du Doute.
Il fut l’Élu choisi, L’antique moine Alfus des illustres légendes.

Pour nous, selon le gré du ciel, qu’il soit ainsi !

vendredi 17 avril 2009

Parabole 4 : Bouquet de prière !

Voici une courte parabole qu'Évelyne et moi avons eut beaucoup de plaisir à lire et à méditer. Elle est tirée tout simplement du même livre de Chrsitian Curty que les 3 précédente.

LE BOUQUET D’HERBES FOLLES


L’enfant arrivait avec son bouquet de fleurs, de belles fleurs,
de fleurs qu’il croyait belles,
et qu’il avait cueillies ou plutôt ramassées le long d’une prairie,
afin de les offrir à celle qu’il aimait de tout son petit cœur.

Il était là, les lui tendant à bout de bras maladroitement,
gauchement mais amoureusement.
Il ne pouvait faire autrement que d’être gauche tout en aimant.

Il avait pris à pleines mains ce q’il avait trouvé de plus beau le long du chemin…
Il avait donc de belles fleurs mais aussi un tas d’herbes folles et même des fleurs fanées.

Et c’est tout cela qu’il offrait ingénument à celle qu’il aimait :
les herbes folles pêle-mêle avec les fleurs…
et les belles fleurs pêle-mêle avec les fleurs fanées…

Il ne pouvait faire autrement !
Ce qu’il voulait, c’était d’offrir son cœur à travers cette gerbe.
Mais il ne pouvait qu’être gauche tout en aimant.
Car à cinq ans, on ne peut faire autrement.

Plus tard, lorsqu’il aura vingt ans,
il ne cueillera plus lui-même les fleurs qu’il offrira à celle qui possèdera son cœur.
Il les achètera à la vendeuse du quartier et c’est galamment,
dignement qu’il offrira son bouquet qui ne sera fait que de fleurs, de belles fleurs.
Pourvu qu’il offre aussi son cœur comme à cinq ans !

Lors donc que tu offres ton bouquet de prières à ton Dieu que tu aimes,
ne t’inquiète pas trop des idées folles, des pensées vagabondes ni de tes maladresses,
pourvu que tu offres ton cœur !

Prends bien garde de ne faire que réciter d’une voix claire et juste de très belles formules, qui ne seraient que belles mais qui ne jailliraient pas des profondeurs de ton cœur !

Car ce qui plaît à Dieu,
ce n’est pas la beauté de ton geste ni le charme de ta voix ni l’élégance de tes formules, mais ton cœur qui prie et qui aime.